Nous avons tous en mémoire un moment de notre vie où nous avons été touchés par une sorte de grâce, faisant de cet instant un moment de beauté, de joie profonde et vibrante, de silence. Peut-être devant le visage d’un enfant, devant quelques lignes d’un poème ou le reflet rubis posé par le soleil sur une nappe blanche à travers un verre de vin, peut-être en serrant le corps de l’être aimé, en écrasant une motte de terre, en sentant le parfum d’une rose ou l’humus de la forêt…

 

Mais peut-être aussi sans aucun support, comme ça, dans la plus grande gratuité, dans le train, les embouteillages, en marchant en ville, en rentrant du boulot épuisé le soir…

 

Ces « instants », nous les appelons « irruptions du Xing dans le Ming », irruptions de la nature intime dans la trajectoire de vie.

 

La vie est un processus avançant en spirale, de cycle en cycle. Le corps, sa physiologie et tous les processus dont il est le support sont pris dans ces cycles. Ils en subissent les hauts, les bas, les repos, les activités, les ralentissements, les accélérations, les printemps et les automnes, les débuts et les fins…

 

En général le corps se contente de subir ces cycles, il n’y participe pas. Il ne peut y participer que lorsqu’il actualise ses pleins potentiels et qu’il se trouve une place « dans la vie » en accord avec ceux-ci. Nous nommons cela « cultiver le Ming ».

 

Mais ce qui rend la vie vibrante, pleine de beauté, de joie spacieuse et diffuse, ce qui la rend sacrée, c’est l’irruption de la nature intime. Cette nature intime est participation au fondement même de la vie qui est espace, ouverture, silence et énergie. Développer un climat propice à l’intuition de cette nature, nous nommons cela « cultiver le Xing ».

 

Vivre au sens fort c’est se laisser surprendre par l’irruption de la nature intime. Notre seule pratique consiste à cultiver ensemble le Xing et le Ming, notre seule pratique est la création du climat le plus propice à cette irruption du Xing dans le Ming. Notre seule pratique est de manifester, d’incarner, et de laisser agir cette nature intime.

 

Cela demande une écoute profonde et une compréhension du processus de la vie, de ses rythmes, à commencer par les rythmes de la biologie puisque le corps, sa physiologie, sa vitalité et ses énergies sont le creuset de l'opération. Rythmes et intensités dans la pratique sont totalement individuels. Il convient donc avant tout de développer la faculté d'écoute et d'observation des processus et non de suivre des régles générales édictées au mépris des singularités de chacun.