Le langage et les concepts qu’il véhicule sont primordiaux pour de nombreux domaines de notre activité quotidienne, pour notre participation à l’activité temporelle, pour la logistique de notre Ming. On peut dire que sans les formes du langage et de ses concepts, le Ming ne peut pas être accomplit, car le Ming, s’il est existence individuelle, n’en est pas moins également insertion sociale et cosmique.

 

Mais l’utilisation inappropriée des concepts liés au langage empêche la perception directe et totale qui est par essence non-conceptuelle.

 

Les concepts sont les objets autorisant le jugement, la lutte ou la fuite par le discours mental.

Il appartient donc à chacun d’explorer quelle est la limite d’efficacité de l’utilisation des concepts et du langage.

 

Les concepts et le langage permettent la mémoire et la projection dans le temps autant que les extrapolations et les interpolations les plus diverses, les fantasmagories les plus variées. Ils sont donc responsable de la plongée du cœur dans le temps, mais aussi de l’extraordinaire possibilité d’appliquer la pensée aux domaines les plus divers, allumant alors le possible embrasement de l’incendie de la pensée.

Ils donnent alors une consistance solide et pérenne au « moi » lorsqu’il se pense lui-même dans le temps plutôt que de percevoir dans l’instant, une consistance solide à l’attente, au regret, à la culpabilité, aux ambitions, ils donnent corps aux souvenirs qui polluent le présent, alors que le souvenir vécu n’est autre que le présent lui-même, etc…

 

Ils permettent la distance entre l’idéal et « ce qui est ainsi », ouvrant l’espace des idées s’opposant à la réalité la plus factuelle et donc au conflit intérieur, à la souffrance, à l’effort volontaire pour devenir quelque chose ou quelqu’un d’autre que ce qui est inscrit dans notre Ming.

 

Ils peuvent donc constituer un facteur majeur du voilement de la nature intime du cœur, nature intime qui seule révèle la beauté et la joie de l’instant, y compris dans les jours les plus sombres.

 

Mais lorsque le langage se dépasse lui-même, comme dans la poésie, la parole ivre, le paradoxe, le discours alchimique, ou dans le silence plein, alors il peut devenir un outil d’accès à la nature intime silencieuse, faisant retour à l’intuition de l’instant et de l’ouverture.

 

Placer le langage à sa juste place, éprouver ses limites et ses dépassements, participe à lever les voiles qui pèsent sur le cœur et créer le climat favorable à la perception totale comme à la disponibilité réelle.

Cela participe également à la prise de conscience de combien notre réalité est enclose dans le langage et les concepts, et qu’il en est ainsi de tout le monde. Nous sommes tout simplement prisonniers des concepts, certains bien plus lourdement que d’autres.

 

 

Il devient dès lors facile de réaliser à quel point la communication doit s’appuyer sur la résonance, la présence vibrante et ne peut pas être qu’une affaire de langage et de concepts, à moins de prendre soins de redéfinir chaque concept avec la plus grande exactitude, la plus grande clarté, et d’éliminer du langage tout ce qui relève de la croyance et non de la pure description.