Lorsque nous parlons de perception, nous pensons soit à la perception comme un usage discrimant des sens soit comme une réalisation mentale.

 

Or toute perception sensorielle est limitée et déformée par l’organe utilisé, et toute réalisation mentale est une mise à distance conceptuelle et devient perception indirecte.

 

De ce point de vue, nous passons le plus clair de notre temps à apercevoir les faits, les événements, les gens, les émotions, les désirs. Nous vivons dans un aperçu permanent, nous n’avons que des aperçus de la vie, de la relation, de l’amour… quand ce n’est pas juste un entre-aperçu… tout en étant persuadé de vivre, savoir, connaitre, aimer…

 

Percevoir « vraiment » est un acte fort et total, une perception complète et globale.

 

Lorsque l’on perçoit totalement une chose, il se produit un arrêt, un arrêt de la pensée, un arrêt du langage, un arrêt du corps, un arrêt tout court. Cet arrêt dure tout le temps de la perception.

 

La perception doit inclure la totalité du corps et du cœur, elle ne doit pas être uniquement perception sensorielle ou mentale. Elle doit être perception « par la somme des énergies » qui englobent le corps et le cœur. Une telle perception donne l’intuition de la nature intime du cœur faisant irruption dans le temps à travers le corps. La perception vécue et totale vide le cœur. Elle ouvre alors au fondement de toute énergie, elle clarifie le Ming et libère l’action ou la parole nécessaire.

Sans perception totale le silence et l’ouverture ne peuvent s’actualiser, l’arrêt n’est pas complet.

 

Pour inclure la totalité du corps dans la perception, il faut avoir un corps, pas un aperçu du corps, pas une représentation du corps, mais un corps vécu dans ce qu’il a de plus foncier.

 

Un exercice de base consiste donc à revenir constamment à la sensation corporelle. Vivre pleinement la sensation corporelle de la colère, de la peur, du froid, du coucher de soleil, de la pensée etc....

Il n’y a rien d’extérieur ni d’intérieur  au corps qui n’imprime à celui-ci un jeu de tensions plus ou moins subtiles. Il convient alors de nous rendre disponible à la perception de toutes ses sensations, et ainsi se créer un corps de plus en plus sensible et réceptif.

 

In fine, nous ne ressentons que le corps, et rien de ce qui lui est extérieur n’est ressenti. On ne sent pas la soie sous ses doigts, mais la façon dont le corps retranscrit le contact de la soie, on ne voie pas la fleur, mais la façon dont le corps retranscrit l’image de la fleur dans l’œil etc…

 

Tous les ressentis sont dans le corps, tout le monde extérieur est donc dans le corps ! De la sensibilité de ce corps dépend donc la richesse vécue du monde extérieur, sa beauté incarnée.

 

En se rendant disponible, on se vide spontanément de tout jugement, de toute lutte et de toute fuite, la pensée se suspend et l’écoute se met en route, on peut alors actualiser l’ouverture du cœur dans la perception.

 

La disponibilité c’est ce qui se produit sans réfléchir quand une personne que vous aimez vient vous voir car elle a besoin de vous. Vous arrêtez spontanément tout ce que vous faites, et vous vous rendez disponible, car vous aimez cette personne. Ce qui compte c’est de rentrer en résonance avec elle, c’est de se mettre réellement à son écoute.

 

Si quelque chose doit être dit ou fait, cela jaillira de cette disponibilité, de cette écoute, de ce silence, et non de la mémoire, du raisonnement, de la logique qui brise la résonance et reste au niveau du mental, désincarné.

 

Développer un corps sensitif c’est se rendre disponible à tous les ressentis, aux tensions, aux émotions, aux désirs, à la maladie, à tout, comme à un ami dans le besoin d’une écoute.

 

 

La perception vécue est perception silencieuse au travers de la disponibilité d’un corps réceptif et d’un cœur vide, c’est la « perception par le Qi », "le jeûn du coeur", et l’intuition du fondement de toute énergie, du fondement de la vie qui est silence et ouverture.